La voilà , la fameuse dictée ... pas si facile !

Publié le par Fête du Livre Fismes 2009

Le jardin  de ma grand-mère

 

Ma première expérience du jardin fut, me semble-t-il, celui du potager de ma grand-mère. J’y entrai, comme une enfant innocente, gambadant et sautillant, insoucieuse des allées et des plantes sagement alignées au cordeau, régulièrement espacées et agencées comme pour une revue militaire . Des forsythias jaune d’or aux pensées bleues, des bleuets mauves aux lys orange, toutes ces fleurs triées et classées respectaient scrupuleusement jusqu’à l’organisation chromatique. Et moi, telle une herbe folle, batifolais à tous les vents, piétinant à tout-va, enivrée par les mille senteurs et effluves exhalés. Mal m’en prit. Le rappel à l’ordre tomba. Pas question de divaguer dans un potager, qui est un endroit sérieux, rassis, honnête où le jardinier veille à l’ordonnancement des planches, à la bonne tenue des salades, à l’éradication des mauvaises herbes. [ fin de la dictée junior]

 

Ce qui me frappa aussi  fut la couleur et la consistance de la terre, grumeleuse, grise, terne comme les tabliers qu’arborait mon aïeule. Un triste jardin, grillagé, que poudrait sur les bords la poussière des voitures, en ces temps de village sans trottoirs. Un lieu de travail  dont on attendait sa provende, dont les intrus, orties, lapins, chats et autres bestioles étaient chassés sans ménagement.

Longtemps après, devenue citadine, je fréquentais les jardins publics. Fi des légumes ordinaires : les poireaux et navets, les blettes et les choux, les oignons, échalotes, aulx, topinambours et panais étaient relégués au rang des consommables, vulgaires denrées à potage. Pas de légumineuses ou de cucurbitacées, seuls de dédaigneux arbustes, spécimens offerts par des visiteurs venus d’exotiques contrées,  fleurs altières, nobles essences, choyés par des jardiniers professionnels trônaient en ces lieux. Le gardien du jardin y faisait une ronde qui croisait bien souvent les promenades turbulentes des lycéennes que nous étions. Sans doute apportions-nous, dans ces jardins livrés aux femmes dolentes des bacs à sable, aux vieillards à petits pas menus, aux rôdeurs de bosquets, trop d’éclats de rire, de voix. Pourtant, parfois, pérégrinant par deux, plongées dans les soucis amoureux de la jeunesse, nous enviions ces passants pressés qui traversaient le jardin, comme la vie, avec l’air d’aller quelque part.


 

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